Fillmore Slim
Ses femmes de Cognac

Le chanteur et guitariste américain était à Blues Passions en 2009. Il a tellement aimé son séjour qu’il a ensuite consacré, dans son double album "The Blues Play's Ball", une de ses chansons aux femmes de Cognac.
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J e me souviens de toi à Cognac !» Au bout de la ligne, chez lui en Californie, Fillmore Slim est tout heureux de parler avec un interlocuteur charentais. «C’était quand ? Il y a deux ans, c’est ça ?» Oui, c’est bien ça. C’était pour la 16e édition de Blues Passions.

«La porte de l’hôtel s’est ouverte sur un bluesman habillé en baggy et T-shirt de basket, casquette de rappeur sur la tête. ‘‘You ready boy ?’’», se souvient Yank Garrigue, bénévole qui a accueilli l’artiste à Cognac. Malgré une petite nuit de quatre heures, le chanteur, compositeur et guitariste a délaissé la voiture. «On est parti à pied. Il a pris le temps de saluer tout le monde dans la rue.On s’est arrêté dans un bar pour écouter des pianistes. Il avait 20 ans dans sa tête.»

Entre deux concerts, il avait navigué d’une scène à l’autre pour découvrir d’autres musiciens, discuté avec festivaliers et bénévoles, savouré du cognac, fait des boeufs. «Il était tellement content de son séjour qu’il m’a appelé dès son retour pour tout me raconter, sourit sa fille, Rebecca Sims LeMesnager, également son agent. Il m’a aussi dit qu’il allait écrire une chanson sur les jolies filles de Cognac.» Ce que l’artiste a fait. Fine French Women (lire ci-dessous) fait partie de l’album qu’il a lancé au Yoshi’s, club réputé sur Fillmore Street à San Francisco – cette rue qui lui a donné son nom.

«Tu sais que j’ai sorti un nouveau CD?» Fillmore Slim, 76 ans, a l’enthousiasme d’un petit garçon découvrant sa première guitare. «Et on va faire un film sur ma vie!»

Des champs de Louisiane...

Et quelle vie. D’abord son enfance partagée entre La Nouvelle-Orléans qui l’a vu naître sous le nom de Clarence Sims et la Louisiane rurale où on l’envoyait «traire les vaches et donner à manger aux poulets». Là où, des années plus tard, il a «récolté du chou, des haricots verts, de la canne à sucre». Son premier job? «Je chantais sur une carriole, au marché.» Pour alpaguer le chaland. Au téléphone, il entonne «Mama killed a chicken and thought it was a duck».

Puis, à 21 ans, c’est le départ. Destination la Californie. Changement de décor. En route, Clarence Sims rencontre une prostituée qui lui demande de l’emmener avec lui. Vérité ? Légende entretenue ? Il affirme, depuis, qu’il ignorait à l’époque ce que faisait une hooker, qu’il a été sidéré par l’argent que rapportait la prostitution.

... aux rues de San Francisco

Après quelques mois à San Francisco, ce n’est plus pour sa musique qu’il est connu. Petit à petit, il a délaissé le blues pour le proxénétisme  activité bien plus lucrative. Il arpente Fillmore Street dans une Cadillac rutilante, revêtu de costumes en peau de requin, chaussures en alligator aux pieds, montre en or et diamants aux poignets.

Jusqu’à ce qu’il tombe. Non pas pour proxénétisme, mais pour avoir falsifié un passeport car une tournée l’attendait en Europe – «un crime en col blanc», s’enorgueillit-il. Il passe par la case prison, où il retrouve le blues.«La musique a été mon premier amour, reprend-il. Et puis, j’ai suivi une voie différente.»

Il n’a aucun regret. C’est même, dit-il, grâce au trottoir qu’il est parvenu sur le devant de la scène. «La police m’a rendu célèbre !», se moquait-il dans un documentaire.

Son premier disque sort en 1987. Son parcours inspire les stars du hip-hop et du rap. Snoop Dogg l’a mis en scène en OG, original gangster, dans son Stacey Adams. Il y a eu aussi 50 Cent, Big Daddy Kane, Gangsta Brown. «J’ai fait de la prison, j’ai payé mon dû. Comme Chuck Berry ou Johnny Cash. Je suis de retour sur le droit chemin. Et c’est ma musique qui m’a permis d’y rester.»

C’est peut-être ce qui le pousse à mettre tant d’énergie dans le film sur, dit-il, «la vraie vie de Fillmore Slim». Il espère toucher «les nouvelles générations», celles qui «ont des opportunités», qui «peuvent aller à l’école». Lui, pourtant bon élève, n’a pas eu cette chance.

... en attendant Hollywood

Pour le film, qui en est à l’écriture du script, Fillmore Slim mentionne des noms prestigieux. Quentin Tarantino, dit-il, «s’est dit intéressé pour la réalisation». Sa voix s’accélère, il repart dans son enthousiasme d’enfant. A l’affiche, il pourrait y avoir Jamie Foxx, Morgan Freeman ou Snoop Dogg — «il est comme un frère pour moi» , lui aussi passé par la phase bad boy. Fillmore Slim vise haut, très haut: «Il faut qu’on ait des Oscars!»

Sa plus grande fierté aujourd’hui? Ses quinze enfants, dont la dernière, «à la fac». Et de lancer: «I am a proud daddy!», un père fier de cette nouvelle génération.

En attendant son film, qui pourrait sortir «en 2013 ou en 2015», il veut revenir en France. «J’ai préparé un super show pour Cognac!» Et il ajoute: «Surtout dis bien bonjour à tout le monde à Cognac de Fillmore Slim. Dis-leur que j’ai un nouveau CD, qu’un film va sortir.»

Mise à jour 2013

Le film, qui doit sortir en 2014 sous le nom de The Legend of Fillmore Slim, doit être réalisé par Hawthorne James, produit par Shelly Liebowitz, avec Snoop Dogg dans le rôle de Fillmore Slim.

Blues Passions: souvenirs, souvenirs...

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«Cognac women, Cognac women, those Cognac women...» La chanson, Fine French Women, figure dans son dernier double album, The Blues Playa’s Ball.

Fillmore Slim y rend hommage aux femmes rencontrées lors du festival Blues Passions, il y a deux ans à Cognac. «Elles aiment la musique américaine et savent montrer leur appréciation.» Pour le musicien, c’était une évidence: «Quand je me suis retrouvé dans le studio, ces femmes de Cognac, je ne pouvais faire autrement que d’en parler...»

Le bluesman était resté sur place toute la semaine, goûtant la douceur de vivre charentaise, épicée par cette pointe de folie qui naît pendant le festival — à l’image de son boeuf mémorable, une nuit au Blues des Anges, avec Dallas Frasca, l’artiste australienne aux cheveux rouges, sur Funky Mama. Cela devient: «Fine French women go down an party an have a good time.» Plus loin: «They serve you fine food an they’ll serve you fine wine.» Ou encore: «Oh, we are sippin’ on cognac an listenin’ to the blues.»

Dans ses paroles, on retrouve aussi l’humour de l’homme à femmes. «She said I would make love to you but I’m afraid you’d come up with a child», Je ferais bien l’amour avec toi, mais j’ai peur que tu me fasses un enfant. «Those Cognac women sho’ know how to have a good time.» Ces femmes de Cognac, pour sûr, savent s’amuser. Il conclut par un: «Bonsoir, oui, oui...»

 


CD

Fillmore Slim The Blues Playas Ball 2The Blues Playa's Ball
Chez Mountain Top
20 titres
2010