Syl Johnson
Les blessures, la force et la fierté

Syl Johnson - WNUR - Evanston, Illinois 2013

L e chanteur soul, son frère musicien blues et sa fille chanteuse R’n’B se partagent plusieurs scènes tout au long de la semaine à Jarnac et Cognac. Rencontre à Evanston, dans la banlieue de Chicago, en mars 2013.

«Mon arrière grand-père s’appelait Wallace Thompson. Il a été vendu sur une plantation pour 450dollars quand il avait 14 ans. C’est vrai. Sa maman et son papa ont été vendus pour 600 dollars. Il ne pouvait pas ramasser autant de coton qu’eux.» Syl Johnson, 77 ans, est assis face à moi. Dans le studio à côté, la chanteuse et journaliste Liz Mandeville interviewe le premier invité de son émission The Blues Show sur WNUR. Une première heure consacrée au blues traditionnel. La seconde tournera autour de la soul, avec Syl Johnson en vedette.

Syl Johnson. T-shirt et bandana rouges sous une chemise rayée en noir et blanc, casquette à oreilles noire, chaussures de sport rouges, et, autour du cou, sa médaille de nominé aux Grammy Awards –pour le coffret Complete Mythology sorti en 2010.

«Je veux vous raconter tout ça. Ecoutez mon histoire, elle est vraie. C’est pour cela que nous sommes si forts.» Syl Johnson commence, et ne s’arrête plus. Il ne cesse de revenir vers la «Section 24, Township 2, Range 2, Marshall County, Mississippi». Le cadastre de la parcelle de terrain située sur la plantation près de Holly Springs, où son arrière-grand-père était esclave. Parcelle que ses quatre fils ont rachetée dans les années 1910, avant d’en être spoliés. «J’ai tous les documents pour le prouver.» Comme un nouveau combat pour lui.

Syl Johnson. Les blessures d’un peuple opprimé, que l’on peut retrouver dans son splendide Is It Because I’m Black enregistré à Chicago en plein mouvement des droits civiques à la fin des années60. «The dark brown shades of my skin only add color to my tears, Les ombres brun foncé de ma peau ne font qu’ajouter de la couleur à mes larmes, That splash against my hollow bones, ces éclaboussures contre mes os creux...»

La veille au soir, j’ai rencontré l’harmoniciste Sugar Blue. Il m’a raconté le Vietnam, la chair à pâté des noirs envoyés en première ligne, ses amis tombés au combat, son sentiment d’être un sous-homme. Jusqu’au jour où il a entendu Syl Johnson à la radio. Et cette chanson qui lui a redonné son humanité, son amour-propre.

Je répète ses mots à Syl Johnson et lui demande l’origine d’Is It Because I’m Black. «Pour cela, justement. Et pour le Dr King, qui a été assassiné et dont j’admirais beaucoup le courage, répond-il. Et pour la Section 24, Township 2, Range 2, Marshall County, Mississippi...»

Syl Johnson. La fierté aussi. «Mon arrière-grand-père avait quatre fils, Jo, Will, Dan et Owen, mon grand-père. Ils jouaient de la guitare, du violon. C’était des musiciens. Ils étaient maréchaux-ferrants et ils pouvaient tout faire.» Des gènes qui se sont transmis aux générations suivantes — Syl, ses frères Jimmy et Mack Thompson, le bassiste, et maintenant sa fille, Syleena.

C’est l’heure pour Syl de passer dans le studio. Ses yeux pétillent quand l’équipe s’émerveille de la médaille qu’il a autour du cou. Il la tend. Fier.


Trois Johnson, c'est mieux qu'un...

Two Johnson Are Better Than One, deux Johnson, c’est mieux qu’un seul, ont chanté les frères, Jimmy et Syl, il y a une dizaine d’années. Grâce à Cognac Blues Passions, trois Johnson valent encore plus! Le festival fait venir les frères, mais aussi Syleena, une des filles de Syl.

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  • Jimmy, c’est le blues, le vrai, au bout de sa guitare, une voix douce, légèrement éraillée, qu’il pousse parfois dans les aigus. Après son déménagement du Misssissippi vers Chicago avec ses parents en 1950, il laisse peu à peu de côté son métier de soudeur pour se consacrer entièrement à la musique. Il joue avec des grands noms –Freddy King, Albert King, Magic Sam, Otis Rush, Otis Clay, Denise LaSalle. Ce n’est que passé la cinquantaine qu’il commence à enregistrer en solo. Avec de très beaux albums: Tobacco Road, North / South, Livin’ The Life, Heap See et son joyeux Little By Little...

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  • Syl, c’est une vraie voix soul, des textes parfois engagés, comme son magnifique Is It Because I’m Black, sorti à la fin des années soixante, morceau samplé depuis par de nombreux rappeurs, ou le Take Me To The River d’Al Green, enregistré avec Willie Mitchell, dans les années 1970 à Memphis. Son plus grand succès.

Syleena Johnson - Cognac Blues Passions

  • Syleena, c’est la R’n’B, une voix soul, probablement inspirée par Aretha Franklin, Tina Turner, Mavis Staples qu’elle écoutait, ado. La chanteuse a composé cinq albums, cinq chapitres de sa vie, dont beaucoup de titres de sa propre plume. Love, Pain & Forgiveness sort en 2001 après une relation avec un homme violent, The Voice parle d’estime de soi et de foi, puis suivront The Flesh, Labor Pains, sur les difficultés d’être femme, et Underrated.

Syl et Jimmy termineront la soirée d’ouverture à Jarnac, avant de se produire chacun de leur côté à Groove au Château. Syleena se produira lors d’Un Dimanche au Château, après une soirée avec son père sur la scène Experience Cognac. De très beaux concerts à venir...

[Mise à jour: Syl Johnson a annulé sa venue à Cognac]