Trombone Shorty
Le gumbo supafunkrock

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S ur une photo, on le voit, haut comme trois pommes, avec un trombone qui en fait six, en train de défiler lors d’un jazz funeral, un cortège musical qui suit le cercueil d’un défunt à La Nouvelle-Orléans. Depuis, Trombone Shorty — un surnom que lui a donné son frère à cette époque-là — a gagné des centimètres et surtout un talent fou.

Troy Andrews, de son vrai nom, est né dans LA ville de la musique, de toutes les musiques, La Nouvelle-Orléans. Un gumbo musical qu’il exporte avec bonheur avec son groupe, Orleans Avenue, en hommage à une rue qui traverse son quartier de Tremé.

Quand il prend en main son trombone ou sa trompette, c’est parti. Il se transforme en showman de «supafunkrock», le nom qu’il a donné à sa musique. Interprète des titres de ses deux albums auxquels ont participé de grands noms — Allen Toussaint, Lenny Kravitz, Jeff Beck, Cyril et Ivan Neville —, un Do To Me qui invite à la danse et à la transe, ou des morceaux traditionnels patinés aux cuivres percutants.

Quel est votre plus ancien souvenir de trombone?

Trombone Shorty. C’était pour un jazz funeral [NDLR: un cortège musical qui suit, dans la rue, à La Nouvelle-Orléans, le cercueil d’un défunt] pour un tromboniste de légende, Louis Nelson. J’étais en train de défiler aussi.

Qui vous a donné votre premier trombone?

Je l’ai trouvé à la maison. Il y avait toujours plein d’instruments, toujours plein de musique. Peut-être mon grand frère James, qui joue de la trompette, peut-être ma mère. Je l’ai eu et j’ai commencé à souffler dedans.

Votre quartier de Tremé, quelle influence a-t-il eu sur votre musique?

Tellement d’influences différentes! Il y a toujours de la musique dans ce quartier. Des fanfares, le Rebirth Brass Band, le Tremé Brass Band, le trompettiste Kermit Ruffins... On ne peut pas faire trois pâtés de maison à Tremé sans tomber sur de la musique. Quand je me levais pour aller à l’école, je voyais les Rebirth pour un funeral. En rentrant, un autre groupe répétait dans la rue, jouait pour un anniversaire ou pour célébrer autre chose. Je les suivais parfois avec mon trombone, et les anciens venaient vers moi pour me donner des conseils.

C'est fréquent à La Nouvelle-Orléans?

C’est ça aussi, la musique à La Nouvelle-Orléans... Les anciens font attention aux jeunes, veulent faire en sorte qu’ils jouent bien, qu’ils transmettent au mieux notre patrimoine. Dès qu’ils voient qu’un jeune est intéressé, ils l’aident.

Votre grand-père, Jessie Hill, musicien et compositeur, d'Ooh Poo Pah Doo notamment, vous a-t-il aussi donné des conseils?

Parfois, lors des retrouvailles familiales ou quand il passait pendant nos répétitions. Je me souviens de certaines choses qu’il a dites, sur la manière de jouer, la manière de se produire sur scène, mais je ne comprenais pas grand-chose à l’époque, j’étais trop jeune. J’avais dix ans quand il est mort. Mon frère James, lui, était plus âgé et en a plus profité.

Quelles musiques aimez-vous écouter?

Hip-hop, rap, soul, blues, metal, country... Oui, du hip-hop, parce que j’ai 26 ans et que cette musique est à la mode et que j’aime ce style.

Comment définir votre style?

C’est un gumbo [NDLR: un ragoût typique de Louisiane] musical. On met plein d'ingrédients dans une seule casserole. Je l'appelle supafunkrock. La Nouvelle-Orléans est tellement métissée musicalement. On y trouve de tout. Et surtout, chez nous, il n'y a aucune frontière. On peut passer d’un genre à l’autre.

Comme, par exemple, avec le morceau traditionnel Saint James Infirmary?

J'adore ce morceau. Je l'ai toujours joué. J'ai voulu lui apporter une touche plus contemporaine.

Comment choisissez-vous les musiciens avec lesquels vous jouez? Quelles qualités cherchez-vous en eux?

J'aime m’entourer de musiciens qui m'amènent à un autre niveau, qui me font progresser. Et là, ils sont tous vraiment très spéciaux!

Vous avez joué en février à la Maison Blanche. Qu’est-ce que ça fait quand on en franchit les portes?

Cela a été un grand honneur pour moi de jouer pour le Président et la Première dame. Un grand honneur aussi d'être choisi pour célébrer le blues et de me retrouver avec toutes ces légendes [NDLR: BB King, Buddy Guy, Mick Jagger...]. C'était comme un rêve devenu réalité.

Certains vous comparent à Louis Armstrong. Qu’en pensez-vous?

Je ne peux pas être comparé à lui! C’était un génie, un des plus grands artistes, une vraie personnalité qui a tant apporté à la musique! Bien sûr, c’est un honneur, c’est flatteur pour moi. Mais j’en suis tellement loin, surtout à ce point dans ma vie!

Quand vous êtes sur scène, vous donnez tout. D’où vous vient cette énergie?

D'abord je ne fume pas et je ne bois pas. Aussi, quand je suis sur scène, la musique prend le dessus. C'est très spirituel. J'approche le trombone de ma bouche et c'est parti!

Propos recueillis en juin 2012.

Trombone Shorty

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EN SAVOIR PLUS

Le site de Trombone Shorty.

DISCOGRAPHIE

 
  • Trombone Shorty - Backatown"Backatown",
    de Trombone Shorty,
    chez Universal,
    Mai 2010.

 

 

 

 
  • "For True",
    de Trombone Shorty,
    chez Universal Music Jazz,
    Septembre 2011.

 

 

 

Quelques vidéos